Après la fête, je redeviens poussière misérable sans intérêt.
Je ne sais pas non plus où je suis ni qui est cet étranger dans le miroir aux traits dégrossis. Son visage me fait peur, il me renvoie à une autre figure imposée, un sordide souhait dans les artères qui murmurait "c'était ailleurs et partout à la fois, tu étais ailleurs et partout à la fois, tu es un autre que moi". Désir(s). Maux qu'on emploie au pluriel pour effacer le singulier vital. J'ai besoin de mon espace. Le reste du monde peut bien constater.
"Salut toi!" et déjà la femme repart, je voulais juste évoquer les anges sur la terre, rien de bien important.
Petit visage aux poils roux, doux sourire délicat, yeux qui te fixent à travers la fenêtre.
Après la fête, reste près de moi, là oui, toute proche...
Je vais t'expliquer comment j'écris mes brouillards de fumée, comment je convoque les démons à ma table comment je me joue de la mort, comment je me travestis de cancer en cirrhose. Pleins de musique qui défilent, trop d'informations déstructurées, je ne peux pas trop retenir. Y'a là-dedans du Bashung et un peu d'Iggy Pop à ma demande. Quelques verres se félicitent de me retrouver, je me déçois de me noyer dans la vodka et le kaluha. Alcool de riche, et les riches heures employées à ne rien faire, contracter les minutes, laisser filer le temps entre nos mains, parler à s'en décrocher la bouche de tout et de rien, pour ne pas montrer que je suis juste ici pour tenir compagnie à mon verre. Quelques bières parfois me parlent dans des langues étrangères, des mots codés, des mots qui soufflent aux oreilles les victoires tranquilles du passé.
Après la fête il n'y à rien, plus rien. Je navigue par-dessus les cadavres endormis, je débouche au dehors, première artère matinale, ou alors c'est le soir. Je navigue silencieusement, il fait froid, j'allume ma clope, mon blouson de cuir sur les épaules et ce truc sur mes yeux. C'est des lunettes.
"Parfait look de rockeur des années 80!" me complimente la tenancière du lieu en me voyant filer-tituber dans les grandes rues qui finiront plus tard en boulevards illustre ou des noms d'inconnus n'intéressent plus personne. Je me réfugie dans ma voiture pour écouter de la musique en buvant une dernière 8.6°. J'appelle sur le répondeur d'une certaine S. juste pour entendre sa voix. Une fois d'abord. Puis je réitère une nouvelle fois en laissant un message: "je suis désolé de t'appeler, j'avais juste besoin d'entendre ta voix" mais sait-elle que je ne voulais pas entendre sa voix me répondre? J'avais juste besoin d'écouter sa voix qui disait "bonjour vous êtes bien sur le portable de S. je ne suis pas là pour le moment mais laissez un message après le bip sonore, merci." et je veux encore recommencer, conscient de mon erreur-horreur.
Pour essayer d'atténuer la douleur j'appelle B. mais il ne répond pas. Je rappelle S. "bonjour vous êtes bien...etc..." et puis j'alterne entre S. et B. jusqu'à ce qu'enfin B. me décroche de mon calvaire, de la voix du passé que j'aimais, de ce retour de l'autre vie.
Après la fête je me suis noyé dans mon alcool, je me suis perdu sans me retrouver, j'étais dans ma voiture, dans un lieu inconnu à deux pas de chez moi. B. au téléphone essayait de me retrouver, ici ou là, parti ou paumé, éclaté en mille morceaux de sanglots frivoles. La lune dans le ciel de l'après-midi, la cuisine centrale qui se fermait devant moi, l'heure au compteur qui tournait de la même voix que le chanteur de l'autoradio, j'ai oublié son nom et son corps. Entre deux lignes je me suis endormi là, sur mon volant.
Après la fête je me suis réveillé enfin, j'ai soulevé de tout mon poids cette étrange étreinte brisée, cette danse macabre, et de pied-bouteille en pied-bouteille je suis rentré chez moi puisque le tout était à deux pas du rien. J'ai tiré sur mes vêtements froissés la couverture auprès de mon chat et je me suis endormi là, avec ma clope éteinte dans le bec, encore habillé, entre deux coussins et un ordinateur usé.